Interview : Richard Tardits, seul Français à avoir jouer en NFL

Rencontre avec Richard Tardits, 53 ans, ancien linebacker des New England Patriots.

Cette étiquette ne l’a pas encore quitté. « Seul français à avoir joué dans le plus grand championnat de football américain de la planète », Richard Tardits a un CV bien plus long que le lacet d’un ballon de foot. Parti un été aux États-Unis pour améliorer son anglais, il deviendra linebacker en NCAA pour les Georgia Bulldogs, de 1985 à 1988, et pour la célèbre franchise de NFL des New England Patriots, entre 1990 et 1992. Un Frenchie qui réussit outre-Atlantique, tous ont essayé, tous ont échoué, parfois pour un rien.

Tardits est né en 1965 à Bayonne et n’a pas pratiqué que le foot de l’Oncle Sam, il a aussi fait d’autres plaquages, au rugby, comme troisième ligne du Biarritz Olympique avec un passage en équipe de France junior en 1985. Ajoutez à cela une Coupe du monde de rugby à VII en 1997 puis une autre, à XV, en 1999, et tout ça sous le maillot des États-Unis d’Amérique, dont il est devenu citoyen . Le Biarrot est désormais installé chez lui, dans le sud-ouest, mais avec toujours un emploi du temps chargé : du sport encore et toujours (rugby, jogging, surf), de la télévision avec les commentaires du Super Bowl, ou encore de la politique avec une candidature aux élections municipales de Biarritz en 2014. J’ai pu lui poser quelques questions, rencontre a

Qu’est-ce que vous retenez de vos années universitaires ?

J’étais en Équipe de France de rugby à 18 ans. À mon époque dans les années 1980, le seul espoir pour continuer à faire du sport de haut niveau c’était de faire STAPS et de devenir prof d’EPS. À ce moment-là, votre club local s’arrangeait pour que vous descendiez plus vite dans la région pour pouvoir vous mettre à disposition du club et des sélections. La possibilité de faire des études était zéro, c’était surtout du sport, du sport, du sport. Je constate qu’avec mon fils qui a été en équipe de France moins de 16, moins de 17 et moins de 18 ans, que c’est toujours pareil car il a été contacté par des équipes de très haut niveau en rugby et on pouvait l’aider à faire du sport, mais pas à faire des études.

Mes parents m’ont envoyé un mois aux États-Unis après mon bac pour améliorer mon anglais et je devais revenir faire l’UREPS (ancien nom de STAPS, ndlr) et intégrer le Stade Toulousain. Sur place, j’ai découvert qu’il n’y avait pas de système de clubs, que le sport de haut niveau vous en faisiez qu’à travers les études et que les écoles permettaient à des jeunes gens de faire les deux avec un système de bourse d’études. J’ai donc décidé de rester aux États-Unis pour faire des études de commerce et j’ai joué au foot américain, j’ai fait des sélections et j’ai eu une bourse d’étude.

Si je vous dis Anthony Dablé et Anthony Mahoungou ?

Oui bien sûr j’en ai entendu parler. Dablé était encore en camp avec les Atlanta Falcons l’an passé et en ce moment c’est Mahoungou avec les Philadelphia Eagles. J’ai gardé beaucoup de contacts en NFL donc on en parle. Je suis de très près leur carrière comme j’ai suivi Philippe Gardent ou encore Marc-Angelo Soumah. J’ai vu ces gars-là être à la porte du plus haut niveau et ils n’y ont pas accédé pour des raisons souvent plus politiques que sportives. Vous disputez des postes avec des joueurs américains qui ont trois, quatre voire presque huit ans de statistiques et vidéos de football amércain au sein de ce monde américain.

Si on compare un joueur à Mahoungou qui est receveur, les gars se battent quatre ans avant en High School (au lycée, ndlr) et c’est des statistiques, encore des statistiques. L’Amérique est un pays qui vit sur la statistique et la performance. Souvent, à force égal, un coach va choisir un jeune américain qui a huit, neuf, dix ans d’historique plutôt qu’un Français qui a eu que quatre années de College (université, ndlr) voire zéro. Malheureusement, c’est très cruel car un joueur comme Dablé a tout ce qu’il faut pour jouer receveur en NFL.

Suggestion : Interview d’Anthony Dablé à l’occasion de sa pré-saison chez les Atlanta Falcons (janvier 2017)

Portrait d’Anthony Mahoungou (décembre 2017)

Suivez-vous toujours la NFL ?

Oui, je suis beaucoup parce que j’y ai joué et que j’interviens souvent aussi pour la télévision. C’est un sport que j’adore et pas plus tard qu’hier (vendredi 17 août), j’ai regardé le match des Eagles face aux Patriots en espérant voir Anthony rentrer. J’espère qu’il aura l’occasion de se montrer.

Votre plus beau souvenir de votre passage aux États-Unis en tant que joueur de football américain ?

Le meilleur souvenir que j’ai du haut niveau professionnel, ce n’est pas un certain match ou une certaine action, c’est d’avoir été le meilleur athlète que je n’ai jamais pu être. On nous met à disposition des équipements, des outils, un entourage psychologique, professionnel qui m’ont permis d’être le mieux préparé possible. Le football américain, c’est un peu comme la boxe, on passe plus de temps à se préparer qu’à jouer. Vous avez six, sept mois de préparation. On met tout dans la prépa physique et on a l’impression d’être le meilleur possible, même s’il y a toujours meilleur que vous, vous ne pouvez pas faire mieux.

Et en ce qui concerne le rugby ?

Je suis le rubgy bien sûr. Mon fils y a joué, j’y ai joué et j’y joue encore un peu en tant qu’ancien. Et je vous avoue que ça me fait mal au cœur.

Pourquoi ?

Ça me fait mal au cœur car c’est un sport merveilleux dans lequel on peut être impliqué dans toutes les phases de jeu et on n’a pas compris que l’offre et la demande ça marche aussi dans le sport. Plus vous en donner aux gens, moins ça les intéresse, quand on voit les joueurs aujourd’hui qui font 40 à 50 matchs par an, vous ne pouvez pas offrir la meilleure performance physique possible. Je vois ces gars là qui passent onze mois à pratiquer un sport qui est bien plus violent que le football américain parce qu’au foot américain, il n’y a pas un choc auquel vous ne vous attendez pas alors qu’au rugby si. On ne donne pas aux joueurs la possibilité de se préparer correctement pour eux mais aussi pour offrir un plus beau spectacle aux gens. S’il y avait dix matchs au printemps et dix matchs pendant l’automne et qu’ensuite vous êtes à disposition de votre équipe nationale, ils auraient le temps d’être motivé, préparé, reposé et ils seraient dix fois plus performant sur le terrain. Ce qui offrirait un spectacle incroyable aux gens.

Un exemple pour essayer de mettre un sport en valeur, aux États-Unis les lycées jouent le vendredi, les universitaires le samedi et les pros le dimanche. Il faut faire la même chose en France.

Que diriez-vous à un jeune qui rêve de devenir joueur professionnel de football américain ?

La seule chance pour qu’un Français puisse jouer au haut niveau du football américain, c’est de jouer en High School. Si vous n’avez pas jouer au minimum deux ans en High School, vous avez pratiquement zéro chance de jouer en College. Si un jeune veut jouer faut qu’il aille là-bas. Et ça va dans les deux sens, si un jeune américain veut jouer au handball il doit bouger. Il faut aller là où ça se joue.

Vous commentez désormais le Super Bowl à depuis quelques années…

C’est une merveille de commenter le Super Bowl. C’est une manière de partager les expériences que j’ai vécu, essayer d’expliquer aux gens qui ne connaissent pas ce sport là, que c’est un sport facile à comprendre dont il ne faut pas avoir peur. C’est toujours super de partager tout ça.

@alexandred98

Photo : L’Équipe

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