Interview – Farouk Madaci, l’entraîneur grand frère

Rencontre avec le coach d’athlétisme Farouk Madaci.

Depuis quelques temps, une alchimie règne de plus en plus dans la cité des sacres. C’est à Reims que s’est constitué un groupe d’athlètes de haut niveau pas comme les autres, une bande presque atypique, rare par son harmonie, son expérience et sa qualité. Tous ont déjà réalisé de grandes performances, certains ont même gravi les sommets mais leurs avenirs s’annoncent encore glorieux. Mahiedine Mekhissi, trois fois médaillésj’a olympique, quatre fois champions d’Europe et recordman d’Europe du 3000 mètres steeple ; Vincent Luis, troisième des championnats du monde de triathlon 2015, champion d’Europe 2016, 11e et 7e des Jeux Olympiques 2012 et 2016 ; Tarik Moukrime, huitième des championnats d’Europe 2014 ; François Barrer, meilleur performeur français sur 5000 mètres en 2015 et 9e des derniers championnats de France de cross ; Benjamin André, demi finaliste des championnats d’Europe espoirs 2011 sur 3000m steeple. Tout ce beau monde s’entraîne sous la houlette d’un coach passionné : Farouk Madaci. Ce dernier, directeur technique du club rémois de l’EFSRA, dirige les séances de grands champions (et pas que) même si au départ, ce n’était pas son but premier. Son groupe, c’est sa famille. Il est bien plus qu’un entraîneur, il est un grand frère à la recherche d’aventures humaines. Le maestro de la Team Madaci a répondu à mes questions en toute simplicité.

Le métier de coach, étais-ce une vocation pour toi ?

Je ne suis pas sûr d’avoir toujours voulu faire coach. Je pense que c’était enfoui. J’ai passé mon premier BE1 (brevet d’éducateur sportif, ndlr) j’avais 22 ans, pourtant je n’avais pas le sentiment quand je l’ai passé de vouloir devenir coach. C’était plus pour m’enrichir de connaissances pour ma pratique personnelle par rapport à l’athlétisme. J’ai fait cette formation en 1998-1999. Après c’est venu au fur et à mesure mais ce n’était pas une vocation. Depuis maintenant une dizaine d’années, j’ai l’impression qu’il y a que dans ça que je m’épanouis et que je me sens bien.

Quel athlète étais-tu ?

Je faisais du demi-fond, comme ceux que j’entraîne actuellement. J’avais un petit niveau mais je m’entraînais comme un athlète de haut niveau. J’étais passionné à fond, l’entraînement me plaisais et je voulais faire des performances.

As-tu toujours eu envie d’entraîner des athlètes de haut niveau ?

Non. J’ai commencé à entraîner un groupe d’athlètes quand j’étais surveillant au Creps de Reims. Ce n’était pas du haut niveau, c’était de la découverte et au fur et à mesure le groupe il a grandi. Je ne suis vraiment pas élitiste. Le haut niveau me plaît c’est une certitude mais ce n’est pas ma raison première dans l’entraînement. Moi ce qui me plait c’est accompagner des gens qui ont un projet de compétition ou de dépassement de soi-même. C’est plus l’aventure humaine qui m’intéresse, pas la finalité. Entraîner des athlètes de haut niveau c’est bien, mais l’aventure humaine est plus belle que l’aboutissement.

Selon toi, quel est le rôle d’un coach ?

Il y a un mot, c’est le soutien. C’est l’accompagnement au quotidien, déblayer le chemin pour que l’athlète n’ait qu’à s’entraîner. C’est essayer de ressentir ce qu’il y a de mieux dans la personne et puis essayer d’avancer avec ça. Percer l’intimité pour que l’athlète que tu entraînes te fasse confiance à 100%. Que de son objectif tu en fasses un peu le tien et tu avances avec ça. Qu’on soit sur la même longueur d’ondes tout le temps. Faut que ce soit une aventure humaine enrichissante pour les deux et pleine de confiance.

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De ton point de vue, qu’est-ce qui est requis pour être un bon athlète ?

Jacques Brel disait « Le talent, ça n’existe pas. Le talent, c’est d’avoir envie de faire quelque chose». Un bon athlète, c’est quelqu’un qui au fond de lui a un but, et qui se donne tous les moyens pour y arriver. Certes les prédispositions ça existe mais le travail, l’abnégation, l’envie de se dépasser, la rigueur, le sérieux, la patience sont des qualités beaucoup plus importantes que le don ou les capacités innées.

La proximité avec tes athlètes est-elle essentielle pour la réussite ?

Dans ma manière de fonctionner oui. Pendant longtemps, j’ai eu du mal à dire que j’étais entraîneur. Quand je vais à l’entraînement j’ai l’impression d’aller avec ma bande de copains, de petits frères, et de faire du sport ensemble. Évidemment je donne des directives, des orientations, on discute. Je m’épanouis parce que c’est une famille. Ce n’est pas simplement la barrière entraîneur-athlète. J’ai besoin de me nourrir de ce qu’ils sont réellement, les connaître, avoir confiance en eux et partager des moments autres que l’entraînement parce que sinon je n’aurais pas l’impression d’orienter l’entraînement en fonction de ce qu’ils ont besoin.

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Quel bilan fais-tu de la saison de cross ?

Le bilan dans la globalité pour la saison hivernale il est relativement bon. Le groupe il a grossi au mois de septembre. Avant tout, c’est qu’il y ait une osmose au quotidien et que les gens s’épanouissent dans ce qu’ils font. Moi ce qui me fait plaisir c’est de voir qu’ils rigolent, qu’ils s’amusent et qu’ils se dépassent. Tout le monde est hyper sérieux, engagé dans sa pratique et dans ses objectifs. On leur dit souvent l’hiver qu’on travaille surtout pour l’été parce que pour la majorité, c’est des pistards. Le fruit du travail hivernal on devrait le récolter cet été avec l’amélioration de leurs records personnels sur piste.

Si on définit un par un, pour François je suis hyper content. Au mois de juillet quand il était question qu’il rejoigne le groupe, on avait tous les deux mit l’accent sur le fait qu’il gagne de la constance, qu’il soit régulier dans ses sorties et conforme à ses qualités. Avant on s’était rendu compte que c’était un coup d’éclat, et trois-quatre performances moyennes. Depuis septembre, je pense qu’il a retrouvé du plaisir. Ses performances hivernales sont très bonnes avec un top 10 français aux championnats de France de cross, des bons cross de sélection (12ème français au cross d’Allonnes et 10ème français au cross de l’Acier, ndlr). Il a aussi battu son record en salle sur 1500m (3’49″95 aux championnats de France universitaire, ndlr). J’espère que ses qualités vont éclore cet été parce qu’il le mérite.

Tarik c’est vraiment une belle rencontre. Il est arrivé à Reims en octobre et il sort d’une période difficile dans sa vie. Quand on connaît l’homme qu’il est, on a qu’une seule envie c’est qu’il réussisse. La saison de cross a été super. On avait décidé de pas faire d’indoor pour pas précipiter les choses et pas tout de suite se confronter au chrono. Il a fait trois cross, il a gagné les trois avec en point d’orgue les France de cross où là, c’est quand même une énorme performance. Ce n’est que le début de son aventure à Reims et je pense que c’est un garçon qui va faire d’énormes performances. Il est sérieux, talentueux, gentil, drôle et je suis super content pour lui.

Pour Vincent, c’était compliqué de repartir après la déception des Jeux. Mais il est toujours égal à lui-même à l’entraînement et toujours heureux d’être là. Il a vraiment progressé cet hiver en terme de travail à pied et d’intensité. Les France de cross ont été bon. Ça fait quelques semaines que lui se retrouve même s’il a été un peu embêté avec des séquelles de blessures qu’il avait eu l’an dernier. Mais ça fait trois semaines qu’on retrouve un Vincent conquérant et ça annonce vraiment de belles choses. On a beaucoup de gens qui nous ont dit que l’année dernière c’était un coup d’éclat parce que le parcours l’avait avantagé, il a montré dimanche (Vincent Luis a terminé 7e des championnats de France de cross 2017, ndlr) que c’était un triathlète très fort à pied. Il a raison de revendiquer que c’est un triathlète qui fait de l’athlétisme et c’est comme ça qu’il ira le plus loin. Et puis Vincent c’est un peu le capitaine de cette équipe.

Qu’attends-tu d’eux pour cet été ?

Moi je n’attends rien d’eux personnellement. Ce que je veux c’est que chacun s’épanouisse dans ce qu’il s’est fixé. J’ai envie que tout le monde réussisse et que tous atteignent leurs objectifs. Qu’il prenne du plaisir parce que ce n’est que du sport, même si ça reste différent parce qu’ils sont quelques uns à être professionnel. Si chacun pouvait se réaliser a travers ses objectifs, je serais le plus heureux.

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Comment s’est fait le retour de ta collaboration avec Mahiedine Mekhissi ?

Avec Mahiedine on a toujours été en contact, il fait parti de ma famille. Un athlète n’appartient pas à son entraîneur et l’entraîneur n’appartient pas à l’athlète. L’entraînement, c’est des tranches de vie. C’est comme tout, on fait des choses, après on arrête, on refait autre chose et on revient sur ce qu’on a déjà fait. J’ai gardé d’excellents contacts avec lui, je l’ai toujours soutenu, j’ai toujours été disponible s’il avait besoin de quoi que ce soit. Il avait décidé d’arrêter avec son ancien entraîneur, il était sur Reims puis ça s’est fait naturellement.

Il est bien intégré dans le groupe, il connaissait tout le monde. Mahiedine c’est une plus-value pour le groupe. Vincent disait que c’était un puits de savoir et d’expérience. Il a sa carrière devant lui et pour les autres du groupe, c’est enrichissant parce qu’il est le plus grand demi-fondeur de l’athlétisme français. On n’a jamais eu un athlète de ce niveau-là en France. Ça fait quasiment 10 ans qu’il gagne des médailles internationales, il est monté trois fois sur un podium olympique, il a trois titres de champions d’Europe, il a des médailles en championnats du monde et des records de France. Il est vraiment en train de marquer l’histoire de son sport, donc de l’avoir avec nous et qu’il me fasse confiance à nouveau est une fierté énorme. Mais il sait que c’est pas Mahiedine pour le coté champion que je l’accompagne, c’est vraiment pour Mahiedine la personne parce que c’est un garçon que j’adore et que j’aime beaucoup.

Comment as-tu vécu la déception de Vincent Luis aux Jeux Olympiques ?

Avec Maxime (Hutteau, l’entraîneur natation du triathlète, ndlr), on était triste pour lui. Vincent il est arrivé à Reims, il a mis en place un système pour pouvoir atteindre une médaille olympique à Rio. Il a tout fait pour, se lever tous les jours à 5h45 pour aller à la piscine, venir à l’entraînement à 9h30, aller sur le vélo à 14h et revenir à l’entraînement tous les soirs avant de se coucher à 21h30. C’était tellement d’envie et d’engagement dans une quête olympique, on a vécu cet investissement au quotidien et on s’est dit que ce n’était pas mérité, pas juste. Vincent il est tellement extraordinaire, il est reparti au travail tout de suite. Quand je parlais de patience dans la vie d’un athlète de haut niveau, Vincent il est pétri de patience, mais aussi de talent. Je suis persuadé qu’il l’aura sa médaille olympique. Ce sera ses troisièmes Jeux Olympiques à Tokyo et je suis sûr qu’il sera tirer profit des deux précédents pour accrocher cette médaille. Une médaille olympique doit être autour du cou de Vincent Luis.

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Peux-tu nous parler du projet de Vincent Luis de combiner triathlon et 5000 mètres ou 10 000 mètres aux prochains Jeux Olympiques de Tokyo ?

Je pense que les gens ont mal interprété les paroles qu’il a eu. Vincent il a vécu deux olympiades où il s’est investi à fond dans le triathlon. Il aime l’athlétisme, il aime courir et il aime le 5000 mètres et le 10 000 mètres. Ce sont deux épreuves qu’il retrouve en WTS sur les formats sprints ou olympiques. Il a éclot aux yeux des puristes de l’athlétisme en faisant vice-champion de France de cross l’an passé. Tout le monde à vu qu’il avait des prédispositions pour la course à pied. Il s’est dit, pour se donner de l’aération, qu’il allait courir plus dans deux épreuves bénéfiques pour le triathlon. On va le retrouver cet été sur du 5000 ou du 10 000. Moi je l’accompagnerai et je suis persuadé qu’il peut faire de grandes choses. Vincent ça reste un triathlète qui fait de l’athlétisme. C’est sa marque de fabrique.

Quelle a été ton approche quand il t’en a parlé ?

Déjà c’est une belle aventure d’accompagner Vincent Luis. J’étais persuadé que ça pouvait que lui faire du bien d’aérer un peu sa pratique du triathlon tout en gardant l’ossature de l’entraînement triathlon. Vincent, il est fort quand il nage quatre fois par semaine, quand il roule quatre fois par semaine et quand il courre douze fois par semaine. On a augmenté le volume à pied parce qu’on est sûr qu’il n’est pas encore au bout des choses à pied. Mais il continue de nager et de rouler. Ce qui va changer c’est qu’il va courir plus. L’objectif numéro un ça reste le triathlon mais comme il le dit, son plaisir est la course à pied. Les deux sont pas incompatibles et ils peuvent mêmes être complémentaire dans le cas de Vincent.

Merci Farouk et on souhaite le meilleur à toi et ton équipe.

Alexandre D. – lespritsportif.com

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