Interview de Marie-Amélie Le Fur, quintuple médaillée paralympique

Mon interview de Marie-Amélie Le Fur, une des meilleures athlètes handisports mondiales. La jeune femme de 27 ans est une icône du handisport en France, elle est aussi co-présidente du Comité des athlètes Paris 2024 aux côtés de Teddy Riner. 

Les Jeux Paralympiques de Rio débutent le 7 septembre et une française fait figure de favorite en athlétisme. Marie-Amélie Le Fur se présentera au Brésil pour sa troisième olympiade et compte bien repartir avec le précieux sésame. Compétitive et déterminée, elle se prépare depuis bien longtemps pour Rio et ces Jeux, qui ont toujours une saveur particulière par rapport aux autres compétitions. La championne du monde et championne d’Europe en titre du 400m mise sur cette discipline mais aussi sur le saut en longueur où elle avait pris le bronze à Londres en 2012,  et dont elle détient le record du monde. Elle sera également présente sur 100m et 200m dont elle avait respectivement remporté l’or et l’argent il y a quatre ans. J’ai pu lui poser quelques questions autour de sa préparation et de son état d’esprit à l’approche de l’événement.

Bonjour Marie-Amélie, tout d’abord vous m’avez évoqué une blessure, est-ce tout va bien et cela pose-t-il un problème en vue des Paralympiques ?

Normalement il n’y aura pas de problème, après comme toute blessure on peut pas savoir comment ça va évoluer. Ça reste une blessure superficielle, dans quelques jours ça devrait être résolu. On ne s’inquiète pas et ça ne lèse pas la préparation qui a été faite avant. On prend les jours comme ils viennent, on soigne et on espère que ça ira mieux.

Vos championnats d’Europe vous ont-ils fait du bien pour la confiance ?

Mes championnats d’Europe m’ont fait du bien dans le sens où on les avait pas vraiment préparé. On y est allé pour prendre des repères et puis tout simplement faire une compétition. Globalement être près des records du monde sans pic de forme et sans préparation particulière, c’est de bonne augure pour les Jeux Paralympiques. Après, on sait qu’il nous reste certains points de travail à voir d’ici les prochaines semaines. Forcément la blessure retarde le travail de ces points-là mais globalement on est confiant grâce aux championnats d’Europe.

Comment s’est déroulé toute votre préparation pour les Jeux, en quoi elle consiste et depuis combien de temps dure-t-elle ?

Une préparation c’est quasiment sur quatre ans. Dès l’instant qu’on sort des Jeux, que ce soient Olympiques ou Paralympiques, on décide de repartir pour la prochaine Olympiade. Moi ça fait plus de trois ans que je me prépare sur le saut en longueur parce qu’à l’époque on voulait aller chercher la médaille d’or en longueur sur ces Jeux (médaille de bronze aux Jeux de Londres, ndlr). Depuis 2014, le 400m a été ouvert sur ma catégorie de handicap (épreuves T44 : amputés des membres inférieurs, ndlr). Ce sont donc des préparations sur quatre ans avec des différences chaque année, comme les championnats d’Europe et championnats du monde qui sont préparés mais pas comme on peut le faire pour des Jeux. On essaye de monter en puissance tranquillement depuis maintenant trois ans mais plus axé sur le saut en longueur, sur la technique. Cette année on a fait un gros travail d’aérobie pour la préparation du 400m.

Quand on a tout gagné comme vous, est-ce qu’on a un regard différent sur ses objectifs ?

Non, je pense que les objectifs sont toujours les mêmes. On a toujours envie d’aller chercher des médailles, d’aller chercher des médailles d’or qui sont la part d’un petit côté humain et du partage d’être ensemble qui est vraiment super important aux Jeux. C’est un partage réparti sur quatre ans.

interview marie amélie le fur 2

Quels sont donc vos objectifs à Rio ?

Une médaille d’or. Mes principales chances sont sur le 400m et la longueur. Le but c’est de rentrer à la maison avec un nouveau titre paralympique.

Après votre accident, vous imaginiez vous avec un tel palmarès ?

Au lendemain de l’accident j’avais simplement envie de reprendre. Mes premières années c’était d’abord reprendre pour le plaisir, par la compétition. La création du palmarès vient de la carrière à haut niveau qui s’est faite avec le temps, avec l’entraînement et sa découverte. Petit à petit on est allé chercher des objectifs de plus en plus hauts, de plus en plus grands comme les records du monde. Tout ça s’est fait dans la durée avec une découverte du potentiel progressif.

Si vous deviez résumer votre parcours en un mot ou une phrase ?

C’est vraiment l’humain. C’est ce qui me donne envie d’avancer, de repartir à chaque fois parce que au-delà du côté sportif et du côté performance, ce qu’on découvre au Jeux ou aux sélections, c’est vraiment la notion de partage, de collectif. C’est vraiment ce qui m’anime et ça qui fait que j’aime toujours mon sport après plusieurs temps de pratique.

Quel est votre avis sur les inégalités entre sportifs valides et sportifs handisports ?

Elles sont toujours présentes mais elles tendent à se diminuer même si ça prend énormément de temps. Le handisport va avoir autant de problématiques que vont avoir des sports mineurs que sont par exemple le canoé ou le tir à l’arc. On souffre à la fois d’un manque de médiatisation, qui s’améliore bien mais on souffre surtout d’un manque de financement, d’un manque de moyen qui font qu’on a du mal à se préparer de façon idéal. On a du mal à s’acheter des tenues, des équipements qui sont indispensables à la préparation d’un athlète. Derrière c’est très compliqué d’aller chercher des podiums et des médailles quand il y a des pays avec lesquels on est en concurrence qui sont beaucoup mieux doté et équipé.

Pour finir, n’est-ce pas trop dur d’allier sport de haut niveau et activité professionnelle ?

Forcément c’est compliqué de travailler à côté parce que c’est de la fatigue supplémentaire, c’est du temps de récupération en moins. On va dire que c’est propice à la fatigue de l’athlète. Après moi j’y trouve un petit mental, j’y trouve un petit peu par rapport à la pratique sportive. C’est à la fois un avantage parce que ma carrière de demain elle est créée mais c’est un gros désavantage quand on souhaite être vraiment performant et présent pour les Jeux.

Merci Marie-Amélie et bonne chance pour Rio !

Si vous souhaitez soutenir Marie-Amélie Le Fur et son collectif d’athlètes handisports pour leur permettre une préparation optimale, vous pouvez y contribuer ici : https://fr.sponsorise.me/fr/projet-cahp.

Alexandre D.

Crédit photo : Getty Images

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