Tim Boal : « Je redécouvre le sport que j’aime et ça, c’est top »

Le surf, une des disciplines les plus techniques dans le monde du sport et des plus ardus en mer ; qui n’a pas pris plaisir sur une plage en voyant un surfeur réussir à dompter sa vague ? En voilà un qui sait de quoi il parle, Tim Boal, Champion d’Europe 2008 et qui a longtemps fait partie des meilleurs surfeurs du monde. Ce dernier a gentiment pris le temps de répondre à mes questions. J’ai, grâce à lui et son honnêteté, beaucoup appris sur son sport. De plus, il possède une vision très intéressante qui n’est pas commune à tout homme ayant atteint le haut niveau. Le jeune retraité (32 ans) de la compétition reste un homme simple avec toujours cette envie de prendre le large pour trouver dans l’océan un certain contact avec la nature. Tim nous raconte ses premières vagues, ses émotions sur le circuit professionnel qu’il a toujours vu d’un œil différent des autres, mais il nous parle aussi de son évolution, avec par exemple un attachement à la musique toujours plus fort.

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Tes premières expériences dans l’eau, tu les as commencé à quel âge ?

« J’ai toujours été dans l’eau, je suis né aux Antilles et mes parents naviguaient beaucoup. J’ai traversé deux ou trois fois l’atlantique avant d’avoir 2 ans. Ma mère surfait, j’étais toujours à la plage, etc. Donc il y a toujours eu un contact permanent avec l’eau. En ce qui concerne le surf, j’ai pris mes premières vagues sur un bodyboard à St Barths (Saint-Barthélemy, Antilles françaises) où j’habitais et où j’ai passé mes premières années. Je prenais des petites mousses dans des shore breaks (un shore break est une vague très puissante dans le jargon des surfeurs, briseur de rivage en français), et puis ma mère m’a offert ma première planche et c’est comme ça que tout a commencé. Je devais avoir 3, 4 ans quand tout ça c’est passé, j’ai ensuite arrêté puisque mes parents voyageaient beaucoup et on a pas mal déménagé, jusqu’à ce que je reprenne vraiment en France, à l’âge de 12 ans, c’est à ce moment là que je savais vraiment que je voulais faire ça et rien d’autre. »

Pour toi qu’est-ce qu’il y a de plus en mer qu’on ne peut pas retrouver sur la terre ferme ?

« Je dirai que la mer est un élément dans lequel l’homme n’est pas « censé » être on va dire, en tous cas moins adapté à l’homme, que la terre ferme a priori… Donc c’est un contact différent à la nature qui permet de se retrouver et d’avoir son espace. On retrouve d’ailleurs souvent les mêmes problèmes que sur la terre ferme, lorsqu’on est dans des endroits surpeuplés comme les spots en pleine ville par exemple. Il existe une certaine forme d’agressivité, d’égoïsme, etc. Tout le monde veut sa part du gâteau. Mais la nature remet chacun à sa place lorsqu’on se retrouve seul ou dans des conditions difficiles. Être à l’aise dans un milieu hostile apprend pas mal de choses et je pense qu’on apprend beaucoup dans l’océan. Je dirai pas qu’on y apprend plus ou qu’il y a quelque chose de plus, car il y a des gens et des peuples qui vivent sur terre dans des milieux très difficiles et ça force énormément le respect aussi. On en revient toujours a la nature. »

Combien de temps passes-tu par jour en mer ?

« Ça dépend un peu des jours, j’ai eu une période ou je ne surfais plus beaucoup après avoir arrêté de surfer pour mes sponsors. J’ai un peu saturé, mais plutôt du milieu que du surf en lui même. Mais en ce moment je passe en moyenne 3 ou 4 heures par jour dans l’eau, je fais deux sessions la plupart des jours. »

Tes trophées remportés en junior, est-ce qu’avec une telle base, tu te disais que tu pouvais faire parti des meilleurs surfeurs du monde par la suite ?

« Oui depuis que j’ai 12 ans en fait, avant même de commencer les compètes, je savais déjà que j’allais faire ça. Je pense qu’on dépend un peu de l’époque dans laquelle on grandit,et j’ai commence quand le surf pro était en plein essor avec l’arrivée de Kelly (Kelly Slater, 11 fois champion du monde entre 1992 et 2011) etc. Donc j’avais 12, 13 ans et c’était un peu mon objectif et j’ai toujours eu ce sentiment que j’allais y arriver. J’étais un petit jeune à fond, je regardais tous les magazines, tous les livres, vidéos, j’essayais d’en savoir le plus possible sur l’histoire du surf. J’étais très loin du milieu à ce moment là et il n’y avait pas internet à l’époque, donc je me suis fait ma propre image et mes propres objectifs, et il n’y avait personne pour me dire si c’était possible ou pas, donc pour moi c’était complètement réaliste. Je pense que c’était un avantage d’arriver tard dans « l’encadrement » et le milieu du surf. »

Toutes tes victoires en WQS (World Qualifying Series) puis en WSL (World Surf League) avec notamment le titre de Champion d’Europe, avec désormais quelques années de recul, qu’est-ce que ça te rappelles ? Et quelle est ta plus belle victoire à tes yeux ?

« Ça me rappelle plein de bons souvenirs bien sûr : les victoires mais aussi les défaites, les moments difficiles puis les bons etc. J’ai plutôt une vision globale et avec le recul c’est facile de déterminer quelles étaient les bonnes choses à faire et ce que j’aurais pu beaucoup mieux faire. Mais j’ai pas vraiment de souvenir « mémorable », pour moi les gens portent beaucoup plus d’importance aux victoires et aux résultats que je ne le faisais. Je suis fier de ce que j’ai fais mais ça s’arrête là, ce n’est que du sport et ça n’est pas forcement représentatif. Donc je retiens plus les « expériences de vie » sur les dix dernières années, les hauts et les bas dans le surf mais aussi dans tous les aspects de la vie, les bonnes choses et mauvaises choses, comme un souvenir global et utile pour avancer maintenant comme j’en ai envie.

Pour en revenir à la question, en ce qui concerne une victoire en particulier. C’est pas forcément la plus belle mais c’est quand j’ai gagné un WQS 5 étoiles à Zarautz, au Pays basque, et qu’avec ce résultat je savais que j’étais qualifié pour le top 44 l’année suivante. Bizarrement, j’étais très content d’avoir gagné la compète parce que c’est un endroit que j’aime beaucoup et une population locale que je trouve super, mais j’avais une sensation bizarre sachant que j’étais qualifié, comme si à partir de ce moment là, ça ne m’intéressait plus trop. Donc c’est marquant pour ces deux raisons, au final toutes les deux positives. »

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Quel est ton plus beau souvenir de surf ? Un endroit à conseiller pour les amateurs de sensations ?

« Mon plus beau souvenir de surf… Je peux pas vraiment dire que j’en ai un en particulier, chaque fois que je me retrouve dans l’eau et que certains éléments se rassemblent c’est à chaque fois le meilleur jour de surf (rires), ça peut être de se retrouver seul au pic avec un coucher de soleil incroyable, ou une session avec des potes et une super ambiance, etc. Mais c’est vrai qu’en général c’est plutôt lié à la nature et aux conditions qu’à la performance en elle même. J’adore être dans l’eau quand il y a quelque chose de beau a voir : vagues, soleil, paysage, … C’est le principal pour moi.

Pour un amateur de surf, je conseillerai d’aller voir le plus d’endroits possibles, et de ne pas se focaliser sur la qualité des vagues car c’est souvent des endroits surpeuplés de nos jours. La qualité du surf que l’on veut avoir dépend des efforts qu’on fait pour trouver ces vagues et endroits qui te permettent de profiter au maximum. »

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Le surf en compétition, c’est finit pour toi ?

« Le surf en compétition est définitivement fini pour moi oui, je m’amuse trop maintenant pour retourner sur ce chemin là. Je prend beaucoup, beaucoup plus de plaisir à surfer comme je le fais maintenant, je redécouvre le sport que j’aime et c’est top, à 32 ans je prend ça comme une chance car avec le temps ça pourrait plutôt aller dans le sens inverse mais heureusement ce n’est pas le cas. »

J’ai vu que tu t’étais mis sérieusement à la musique depuis pas mal de temps, raconte nous.

« Je trouve que la musique a un rapport très fort avec le surf, on peut imaginer qu’il y a autant de style et de variantes de musique différentes qu’il y en a de surf. Du plus mécanique au plus improvisé. Chaque surfeur a un style particulier et personne ne peut dire ou juger s’il est correct ou pas. Il y a des bases techniques bien sûr mais au final c’est quelque chose de très personnel et individualiste. Peu importe le niveau qu’on a, je pense que l’important c’est de le faire « honnêtement ». Ça se sent quand ça ne l’est pas, j’ai eu des périodes dans le surf ou je sentais qu’il y avait un décalage avec ma passion pour le sport et la façon dont je le pratiquais, mais c’est qu’avec le recul que je m’en suis rendu compte. Comme en musique, on peut ne pas aimer certains genres, certaines sonorités, etc. Mais tant qu’il y a de l’honnêteté et que les motivations derrière la musique sont « vraies », il se passe quelque chose et on ne peut pas rester indifférent. »

Alexandre D.

Tim Boal : FacebookTwitter / Instagram

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