L’étalon provençal

Benoît Paire, « un étalon mal dressé » comme disait Patrice Dominguez. Longtemps critiqué voire trop parfois, pour son caractère et son comportement expressif sur les courts de tennis. Mais tout cela est bien loin derrière puisque Benoît Paire a tout simplement atteint il y a quelques jours la 19e place mondiale et fait officiellement parti des meilleurs joueurs du monde. De plus, il a obtenu la récompense de « come-back de l’année », récompense désigné par les joueurs du circuit ATP. Forcément en passant de la 149e place mondiale, début février, à la 19e (soit 130 de gagnées) en ce début de mois de novembre, Paire revient de nul part et tous ses détracteurs doivent désormais retourner leur vestes. Un parcours loin de tous ceux qu’y sont présent dans ce top 20 mondial. Voici le parcours d’un joueur « atypique »…

Des hauts et des bas pour débuter

Benoît Paire est né le 8 mai 1989 dans le sud de la France à Avignon. Son père, Philippe, président d’un club de tennis dans la ville, lui met sa première raquette dans les mains à l’âge de 5 ans. Le frère aîné de Benoît, Thomas, a sûrement dû donner envie à son petit frère de continuer puisqu’il était lui aussi passionné de tennis (finaliste des championnats de France des 17-18 ans en 2003). Accro au football et grand supporter de l’Olympique de Marseille, Benoît jonglait entre son club de foot et son club de tennis. Très doué dans les deux domaines, il a fallu faire un choix et il a privilégié le tennis car ça lui permettait de ne pas quitter sa famille dès le plus jeune âge. La suite, vers ses 17/18 ans, un ami de son père croit en ses chances et lui paye une année à l’Institut des Sports de Combat Polyvalents de Sophia Antipolis à Nice et est repéré par la fédération. Patrice Hagelauer, DTN de la FFT à l’époque n’aurait entendu parlé que du mauvais comportement du jeune Ben et décide de le virer de la structure. Heureusement à l’époque, la rencontre un homme va faire en sorte que le jeune garçon ne lâche pas sa raquette. Lionel Zimbler, ancien entraîneur de Nicolas Mahut, de Paul-Henri Mathieu et d’un certain Fabrice Santoro, l’entraîneur lui aussi originaire de la Provence décide de prendre en charge Benoît Paire à partir de 2010 et le jeune tennisman est au-delà de la 300e place mondiale à ce moment-là. Zimbler ne se pose pas de question et prend cela comme un défi que de pouvoir hisser Paire à son meilleur niveau. Les deux se complètent et travaillent ensemble à la perfection, la preuve aujourd’hui… Zimbler est le seul qui a bien voulu s’occuper de lui, lui faire confiance, savoir comment l’aider à gérer ses émotions et faire toujours mieux. Sa progression est fulgurante, au mois de mars 2010 il a déjà trois tournois Future (3e division du tennis mondial) en poche et affiche la 216e place mondiale (il était 600e au mois de janvier 2009) avant le départ des qualifications de Roland-Garros. Paire ne passe pas le premier tour du tableau principal (le premier de sa jeune carrière) après être sorti des qualifications. Ce sera de même pour le premier tour du gazon londonien, cette fois-ci c’est le premier tour des qualifications de Wimbledon, le mois suivant. Premier tour aussi sur le tableau principal à l’US Open, malgré sa défaite Benoit avance et acquiert de l’expérience à travers les qualifications des Grands Chelem. Une wild-card lui est offerte pour l’Open d’Australie 2011 où il passe le premier tour mais pas le second. Ben continue sa longue progression accélérée par l’arrivée de Zimbler, il intègre le top 100 le 9 septembre 2011 avec la 98e place et termine l’année avec trois places de moins.

La lancée dans le grand bain

2012, le sudiste découvre la court des grands. « Un joueur atypique » comme le caractérise de nombreux médias, le jeune Benoît possède un immense talent mais est critiqué pour son présumé manque d’implication car l’avignonnais avoue souvent manger dans des fast food et ne pas trop ouvrir les portes de la salle de musculation. Début 2012, à partir du 9 janvier se tient le tournoi ATP 250 d’Auckland (Nouvelle-Zélande). Le français sort des qualifications et va même jusqu’au stade des quarts de finale mais perd en 3 sets face au belge Rochus. La suite de l’année c’est une finale à Belgrade, un premier tour passé à Roland-Garros et l’US Open mais pas à Wimbledon ni à l’Open d’Australie. La saison 2013 est sa saison, celle où il atteint les sommets et ne fait pas que entrer dans la cours des grands il s’y installe. Il fait une demi-finale à Chennai et remporte ce même tournoi en double aux côtés de son grand ami, le suisse Stanislas Wawrinka. Février, finale à Montpellier malheureusement perdu face à son compatriote Gasquet. Première victoire face à un top 10, Juan Martin Del Potro, lors du Masters 1000 de Rome au mois de mai, son exploit s’arrête en demi-finale face à un homme qu’il respecte beaucoup Roger Federer. Troisième tour à Roland, troisième tour à Wimbledon, Paire est 24e mondial au mois d’août. Cependant, ses vieux démons reviennent au premier tour du Masters 1000 de Paris-Bercy (maintenant AccorHotels Arena), il perd face à Pierre-Hugues Herbert en fracassant sa raquette au cours de la partie. Le public parisien l’a sifflé à de nombreuses reprises. Benoît Paire termine l’année 26e mondial et avec un total de 32 victoires et de 30 défaites, c’est la meilleure saison de sa carrière.

S’écrouler pour mieux se relever

2014, c’est la dégringolade au classement pour Paire, une blessure à l’épaule et au genou gauche le fait souffrir et il doit abandonner de nombreux tournois. Opéré du tendon rotulien le jeudi 18 septembre 2014 avec succès, Benoît va devoir se reconstruire, cela se fera sur le long terme évidemment. Fin janvier il doit allé jusqu’à disputer un tournoi Future, qu’il remporte à Bressuire. Le 2 février 2015 il est à la 149e place mondiale, son pire classement depuis 5 ans (2010). Benoît remporte ensuite le tournoi Challenger (2e division du tennis) de Bergame (Italie). Il obtient une wild card à l’Open 13, le tournoi ATP 250 de Marseille, le supporter de l’OM s’incline au 2e tour face à son meilleur ami sur le circuit du tennis professionnel, Stan Wawrinka. Benoît maintenant âgé de 25 ans continue sa reconstruction sur le circuit challenger, il remporte celui de Quimper, en Bretagne. La saison sur terre battue débute, Paire dispute les qualifications du tournoi de Monte Carlo, non pas le Masters 1000 mais le tournoi ATP 250. Il se qualifie pour le tableau principal et passe même le premier tour avant que Gilles Simon ne le stoppe sur son chemin. Roland-Garros va débuter et Ben Paire va disputer son premier tour en étant 67e mondial. Après s’être fait peur contre Gastão Elias (actuel 133e mondial), Paire sort la tête de série numéro 28 dans un match particulier où Fognini semblait ailleurs, Paire le sort en 3 sets secs 6-1, 6-3, 7-5. Il doit ensuite faire face à Tomas Berdych, tête de série numéro 4, l’avignonnais fait ce qu’il peut et prend même un set dans la bataille mais s’incline en 4 manches. Il continue sa route et la terre battue étant sa surface favorite il participe au tournoi ATP 250 de Bastad en Suède. Le tennisman de 26 ans effectue sans aucun doute le meilleur tournoi de sa carrière. Concentré et appliqué, Paire élimine David Goffin, Denis Istomin et Pablo Cuevas pour se hisser jusqu’en finale face à l’homme de ce tournoi, Tommy Robredo, qui a été lauréat de ce tournoi à 2 prises. Paire ne fait qu’une bouchée de Robredo comme de tous les autres affrontés lors de cette semaine suédoise, 7-6, 6-3. Sans trembler Paire remporte enfin son premier titre ATP et les détracteurs commencent à ne plus avoir d’idée de critique au sujet du français. Il rentre dans le club très fermé de ceux qui ont remporté un tournoi Future, Challenger et ATP 250 sur la même année. Désormais de retour parmi les siens, le top 50, 42e et prêt pour une tournée américaine où il prend quand même le temps de se reposer en déclarant forfait pour Montréal. Premier tour de l’US Open, Paire dont le tirage au sort n’a pas été favorable, rencontre le finaliste de l’édition précédente et 4e mondial, Kei Nishikori. Mené 2 sets à 1, il sauve des balles de match dans un tie-break de folie pour ensuite remporter le match. Paire voit sa route s’étirer jusqu’en demi-finale et c’est la première fois de sa carrière où il voit la deuxième semaine d’un Grand Chelem. Sur le central face à Jo-Wilfried Tsonga, Ben Paire se fait breaker une seule fois dans chaque set pour s’incliner en 3 manches. Paire enchaîne avec le tournoi de Rakuten au Japon, un ATP 500. Après avoir éliminé Dimitrov, Kyrgios et une nouvelle fois Nishikori (éliminé devant son public), Paire blessé au tendon d’Achille juste avant la finale, s’incline face à son ami Wawrinka. Après un challenger à Brest avec une finale perdu, un tournoi à Valence et une sortie au premier tour, Paire retrouve après un long moment Paris Bercy. Le premier tour sera joué face à son compatriote et ami, Gaël Monfils. Mené 6-2, 4-0, Paire revient de nul part, souvent critiqué pour n’avoir aucun mental, il remporte le match 2-6, 7-6, 6-4. après s’être beaucoup donné et aussi au niveau émotif puisque Paire sifflé mais applaudi par la suite et en larmes pour l’interview de fin de match, perd son second tour face à Gilles Simon où là encore il aura livré un beau combat de trois sets. Paire n’a pas fini sa saison, il dispute encore une nouvelle fois un Challenger (à Mouilleron-Le-Captif) malgré son classement très élevé, il le remporte en battant Lucas Pouille en finale.

Bilan, Paire intègre le top 20, incroyable, imprévisible, beaucoup d’adjectifs peuvent décrire sa saison 2015. L’Association Professionnel du Tennis n’a pas laissé passé ça, Paire est récompensé par l’ATP Award du « Come-back de l’année » (passant de la 149e place en début d’année pour la finir à la 19e…) Comment ne pas s’attacher à un joueur avec un tel talent, une telle envie, un caractère certes parfois trop émotif mais à sa place qui n’aurait pas des envies de tout cassé lorsqu’un point facile est raté où un match abordable est raté. Qui aurait imaginé que Benoît Paire serait désormais 19e mondial à l’aube de la saison 2016. Il n’a rien lâché, il a tout donné car le tennis c’est son métier mais aussi sa passion, Zimbler l’a aidé à croire en lui, ne pas se dire qu’un obstacle devait l’arrêter. « Étalon mal-dressé » comme disait Patrice Dominguez, ce dernier aurait été heureux de voir comment Benoît Paire a gravi les échelons, a tout donné pour y arriver, il a voulu prouver, il a réussi. Yannick Noah, nouveau capitaine de l’équipe de France de Coupe Davis doit avoir en tête l’idée de faire appel à lui, le premier tour de l’édition 2016 face au Canada devrait nous donner la confirmation qui semble évidente, Paire fait parti des meilleurs joueurs du monde.

Alexandre D.

Photo : zimbio.com

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